mercredi, avril 26, 2006

Wolna Białorus ? mais svp rapidement

Ca fait deux semaines que rien n’a été publié. Je m’excuse auprès de mon unique lecteur. Mais semaines très chargées professionnellement, sentimentalement, alcooliquement. Bref ce n’est pas une excuse… Mais voila comme annoncé un billet sur la Biélorussie.

2 semaines de gestation. Pas de relecture. Certainement beaucoup de fotes d'ortografes.
(Le papa se porte très bien, merci pour lui.)

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Ma collègue, Grażyna (et ceux qui connaissent un peu la Pologne se figurent déjà les rides que doit avoir la – très gentille – dame portant ce prénom) avait été l’une des rares de ma boite à ne pas sourire (incrédulité ? arrogance teinté de supériorité ?) quand j’avais dit mon intention de me rendre chez le voisin oriental d’outre Nieman.
Comme à son habitude, elle m’avait regardé droit dans les yeux. Puis marqué un silence, calculé, quelques secondes ; introduction à sa parole.

Et: « Là bas tu verras très exactement ce qu’était la Pologne, ce que nous avons vécu et comment nous avons vécu. Il y a 20 ans. »

(Pensait-elle précisément à ça ou plus généralement à la Pologne d’avant 1989 ?) Elle me fixait toujours du regard, mais je n’y voyais plus la bienveillance maternelle qu’elle m’accorde souvent (les matins difficiles, quand je suis revenu de l’aéroport….). Elle semblait envahie et perdue dans des souvenirs et des images de cette Pologne d’alors. Apres ces quelques secondes de silence, elle m’a lancé un grand sourire, à nouveau très maternel, pour s’en retourner à son PC.

Là bas et même de retours ici, en Pologne, j’y ai pas mal pensé à cette petite phrase.

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WE de trois jours. Et pas de passage dans la capitale, Minsk.
Une ville à la frontière polonaise. Une autre plus proche de la Lituanie. 3 jours en famille. A se reposer et a manger. Beaucoup. Trop. Parler aussi.



J’aimerai me tromper. J’aimerai que la Biélorussie que j’ai vu le temps des ces 3 jours ne soit que le reflet trompeur de deux villes isolées et absolument non représentatives du reste du pays. J’aimerai que ce long week-end Pascal explique certaine des impressions qui vont suivre.
Bref j’aimerai que ma trop rapide vision de la Biélorussie soit complètement fausse et infondée.

Partielle elle l’est assurément.

Mais Grodno est la seconde ville du pays. Et nous avons rencontré beaucoup de monde là-bas. De tout age. Et aucun n’a fait naître en moi un doute quant à ce sentiment immédiat que l’on ressent la bas.
En Biélorussie, le temps a suspendu son envol ; il n’y pas de futur.
Demain sera à l’image d’aujourd’hui.

Qu’espérer dans ces conditions ?
S’évader…

Lida, petite ville à la frontière Lituanienne. Nous y avons passé le plus clair de notre temps. Lida c’est 150,000 habitants. 2 cafés, 1 restaurant. Et encore quand j’écris « café » je me laisse aller aux indulgences. Consommation possible : 3. Bières. Vodka. Eau. Pas de toilette. Toute juste une flèche qui indique les toilettes publiques à 150m de là. Fermeture a 23H00. Comme le reste de la ville. Même les lampadaires s’éteignent a 23H. Couvre feu ? Non, pas même. Juste des raisons pratiques : économie.
Lida coté shopping. Mis à part les kiosques, 1 magasin. Grand comme un Shopi. Les linéaires aussi fournis que l’est j’imagine monsieur. Le seul endroit de cette ville à avoir du vrai Coca™. Mais (et je n’en aurai pas trouvé) pas des cigarette occidentales.

Ainsi donc Lida. Et la vie de ses habitants.
On se ballade, on rend visite aux amis, à la famille. Le temps passe en bas des tours répliques exactes de ce que la ville de Bobigny a fait de pire dans les années 70. Bobigny donc. Mais sans centre ville. Des grands ensembles et seulement ça (à une exception – notable - prêt) qui font une ville. Barres d’immeubles qui suivent barres d’immeubles. Avec des autoroutes de 2x3 voies en guise de route. Lunaire. Déprimant.
Le temps passe, certes. Mais quand il ne passe pas assez vite sur ces bancs défoncés se trouvant à 5 mètres du hall d’entrée de là ou habite Monsieur, Monsieur l’encourage. A l'aide grandes gorgées de vodka.

Ce que j’ai ressenti en Biélorussie ?
Pour moi le moment qui pourrait le mieux incarner cette diffuse et confuse impression c’était dimanche matin. Je me lève, les gens dorment encore. 8h30. Balcon. Grand soleil. Cigarette. 5 min. L’esprit qui vagabonde d’une idée aussi aboutie que celles qu’on peut avoir le matin à une autre. Et un constat.

Il n’y a rien. Impossibile de vivre ici.

Face à moi cette forêt de blocs. Immense desert. Impossibilité, pour moi, de vivre ici. Non pas que le Parisien (que j’étais) se déplaise à la campagne, non. Et de toute façon Lida n’est pas la campagne. Mais je repense aux discussions de la veille.

Rencontre avec un ancien militaire CCCP. Lui est fidèle au régime, un régime « qui respecte en plus les anciens combattants » . Il ne regarde que la télévision nationale. Une seule revendication : que sa retraite lui soit assurée tous les mois. Le reste (démocratie, libre entreprise…) c’est des «trucs d’américains»

Un autre. Appelons le Igor. Il a 55 ans. Il a monté à l’époque de l’indépendance sa propre société. Elle a fleurie. Il fut un temps, révolu, son CA était de quelques dizaines de millions de roubles BL. 50 employés. Puis Łoukachenko, ce nazillon collectiviste fan de Staline (certains des biélorusses rencontrés parlait à son encontre de National Bolchevisme. Ca fait rêver.) Et sous l’ère Łoukachenko, le secteur privé ne doit plus exister. Igor se donne 6 mois, au mieux 1 an pour mettre la clef sous la porte et réintégrer une usine d’Etat. Sa femme l’a déjà précédé.

Dans une autre maison le portrait de Milinkiewiecz. Enfin portrait… en fait un trac électoral. Punaisé sur le mur. Evidemment la discussion s’en trouve orientée. Sourire dans les yeux quand on parle de ce physicien de métier devenu leader de l’opposition Bl. Mais pour tres vite parler de la vague de répression que connaissent maintenant ces milieux et leurs militants. Maintenant que AP, CNN et l’AFP ne sont plus.
Milinkiewicz était une promesse d’espoir. Un parfum d'avenir.

Que faire la bas quand on 20 ans ?
- Rentrer dans les Jeunesses de Łoukachenko ?
- Intégrer une ferme collective et travailler sur des machines antédiluviennes et espérer franchir en parallèle les échelons du parti ?
- Pourquoi pas l’armée ou la KGB ?
- Boire ?
- Se marier avec une de ces filles magnifiques et lui faire l’amour toute la journée ?

Moi je ne pourrais vivre dans un tel pays. Sans espoir.
Il est des prisons sans barreau.

A la question : mais que font les jeunes ici ? La réponse que l’on me fit résume tout ce que je n’arrive pas à exprimer malgré le long verbiage qui précède.
« Les meilleurs de nos jeunes sont soit en prison. Soit à l’étranger. Les autres ? Bah en bas, sur un banc… »

Fin de la cigarette. Je l'ecrase tandisque j'entends du bruit qui vient de la cuisine. Il va falloir manger. Encore. Beaucoup. Trop. Meme a 8h30. Pour ne pas vexer certes, mais aussi parce que c'est delicieux et que la babouszka qui officie en cuisine est tellement gentille.

Que de gens gentils nous avons vu la bas.

2 Comments:

Anonymous Yapo said...

Merci pour ce post, tu arrives quand même bien à retranscrire tes sensations/réflexions. J’ai vu la forêt de blocs depuis le balcon en te lisant. Comme quoi les mots servent!

Si tu peux passer un bonjour pour moi aux dragons des ponts sur la Ljubljanic ,le weekend prochain. Le contraste avec la Biélorussie risque être tranchant!

On se croisera dans la vraie vie au tournoi de Pétanque!

12:33 PM  
Anonymous Claire said...

Bonjour,

Merci pour ces réflexions. C'est vrai qu'ici on parle beaucoup plus de la Biélorussie qu'en France, puisque c'est un pays si proche. Les Polonais sont très concernés par l'évolution politique, d'ailleurs leurs ressortissants ont été pas mal visés lors des répressions suite aux manifestations contestant les résultats des élections.
Je me souviens avoir rencontré une Biélorusse l'année dernière à Varsovie. Elle ne craignait qu'une seule chose : que la Biélorussie rentre un jour dans l'union européenne. Je pense qu'il ne faut pas négliger cette composante "identitaire" : les Biélorusses, comme certains Ukrainiens d'ailleurs, ont peur de perdre leur identité si ils se tournent vers l'Ouest, ils se sentent beaucoup plus proches des Russes que de l'Europe de l'Ouest. "C'est des trucs d'américains"...

9:23 AM  

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