lundi, juin 12, 2006

Première victoire pour les homosexuels en Pologne

Add 13/06 : les photos du toujours tres bon Grzesz sont dispos ici.
-----------------------------

(From libé, ce jour)

Malgré les pressions, la Parade de l'égalité a eu lieu sans heurts à Varsovie.
par Maja ZOLTOWSKA QUOTIDIEN



«Cette fois-ci, on a gagné, se réjouit Robert Biedron, président de la Campagne contre l'homophobie. C'est la première parade depuis longtemps où il n'y a pas eu d'agression et où l'ambiance était détendue.» Malgré des pressions de l'extrême droite pour la faire interdire, la Parade de l'égalité s'est déroulée samedi à Varsovie sans incidents, hormis quelques oeufs lancés contre les manifestants.
Drag-queens. En tête du cortège de plus de 3 000 personnes, pour la première fois, deux drag-queens venues de Chicago ont défilé dans la rue Marszalkowska, le long du Palais de la culture, axe traditionnel à l'époque communiste des défilés ouvriers du 1er Mai. Les gays polonais craignent encore de choquer en s'habillant avec extravagance et se contentent des drapeaux arc-en-ciel du mouvement. «On veut montrer qu'on n'est pas des criminels ou des déviants, expliquent Maja, 26 ans, et Aneta, 30, en couple depuis bientôt deux ans ; on ne veut pas être montrées du doigt quand on marche main dans la main dans la rue.»
Peu avant la parade, une centaine de jeunes militants chrétiens avaient défilé dans une rue parallèle, scandant que l'homosexualité était «un péché». Pour éviter les heurts, un important dispositif de sécurité avait été déployé : 2 000 policiers, un hélicoptère, des caméras et des chiens policiers. «Si la marche s'est tenue dans le calme, estime Biedron, c'est grâce à la présence de nombreuses personnalités de l'étranger, surtout d'Allemagne.» Près de 1 millier d'Allemands, Français, Suédois, Américains et Italiens étaient venus soutenir les gays polonais. «Le gouvernement ne pouvait se permettre un scandale sur la scène internationale, poursuit-il. Des skins polonais attaquant des gays allemands, ç'aurait été trop.»
En 2004 et 2005, le maire de Varsovie, Lech Kaczynski, l'actuel président qui ne cache pas ses positions homophobes, avait interdit les marches. Malgré cela, plusieurs milliers de manifestants avaient défilé. «Ces interdictions nous ont en fait profité, souligne Aneta. C'est grâce à ça que le monde a entendu notre voix.»
Jusqu'au bout, le ministre de l'Education, Roman Giertych, leader de la Ligue des familles polonaises (LPR, extrême droite), a tenté d'obtenir l'interdiction : «C'est une grave erreur de l'actuel maire que de n'avoir pas eu le courage de s'opposer au mal.» Pour décourager à l'avance les manifestants, les jeunesses de la LPR ont annoncé leur propre marche. Mais «quand la ville a modifié les trajets de sorte que les marches ne se croisent plus, comme le voulait l'extrême droite, souligne Biedron, les jeunes n'avaient plus de raisons de manifester, leur but est toujours la confrontation et la bagarre.» Officiellement, ils ont annulé en raison de la Coupe du monde de football.
«Eurosodomie». Les skins qui ont tenté de provoquer des bagarres, samedi, ont aussitôt été interpellés. La «guerre» s'est cantonnée au niveau des insultes et des affiches : «Halte à l'eurosodomie !», «Non à l'UE !» Les gays ont répondu par des allusions au frère du Président, Jaroslaw Kaczynski, chef du parti Droit et Justice (au pouvoir), qui vit toujours avec sa mère. «Président Kaczynski, ton frère aussi est gay.»
«Nous reviendrons chaque fois que ce sera nécessaire pour défendre les droits civils», a lancé, à la fin de la parade, la présidente des Verts allemands, Claudia Roth. Elle est venue à Varsovie avec l'ancienne ministre allemande de l'Agriculture, Renate Künast, et Volker Beck, un député allemand agressé le 27 mai lors d'une Gay Pride interdite à Moscou. «La Pologne est membre de l'Union européenne. Nous devons soutenir les Polonais, pour que les gens puissent exprimer avec fierté leur sexualité», explique Neubert Aron, 38 ans, Berlinois venu à Varsovie avec son partenaire, brandissant un grand drapeau européen. «Ce n'est pas encore une marche festive, c'est une marche revendicative pour obtenir une place dans la société, souligne, de son côté, Stéphane Corbin, président d'Interpride France. C'est important d'être là, pour que ce gouvernement voie que les gays polonais ne sont pas seuls.»

0 Comments:

Enregistrer un commentaire

Links to this post:

Créer un lien

<< Home