mercredi, mars 01, 2006

T'es qu'un expat...

Hier dernière soirée avant le carême. 40 jours de jeune relativement respectés en Pologne. Moins respectés à Varsovie certes mais quand même, je me rappelle de l’an dernier : on sent une nette différence. Moins de gens le soir dans les rues (il y en a déjà très peu), des bars et des boites à demi remplis, des restaus un peu tristes…
Le printemps, Pâques : tout n’en sera que meilleur, l’explosion de couleurs, le réveil de la nature, le réveil des gens...

Tranquillement attablés à l’un des meilleurs bars de Varsovie. [Le patron est terrible. Il offre presque autant de verres que ses clients en payent. La musique change (Tango, A. Franklin, Ace of Base) la bière reste à 5 zlotys. Un bon endroit pour fêter ce mardi gras et s’apprêter à rentrer dans les 40 jours de - deuil national ? - carême. ] avec quelques amis et sans que je ne demande rien à personne, soudain, au détour d‘une phrase plus qu’un reproche, une lame tranchante : « toi de toute façon, tu vis comme un expat et t’aime pas la Pologne.»

Elle : polonaise.
Moi : étonné.

C’est formulé comme un reproche, ça se murmure plus que ce ne se dit, on sent une réelle irritation : pas de doute c’est grave, important. Résumons : Je suis un français qui bosse en Pologne (même si, bon, français ?...) Donc expat (sans le statu et le salaire qui va avec) ouais. A priori une évidence.

Sauf que, c’est pas une tautologie dont on me fait part : c’est une sorte de réquisitoire :
- « Tu restes dans ton ghetto expats. »
- « Tu t’intègres moins que d’autres français (qui eux sont moins expats du coup mais toujours français ? …) à la société polonaise
- « Tu ne fais pas les efforts, ou tu n’as pas fait les efforts ; et ça traduit soit une indifférence à ce pays, à ces habitants, sa culture soit une immaturité totale de ta façon d’être à ce(ux) qui t’entoure(nt). »

Tout est vrai. Partiellement.

Fin du réquisitoire, le ministère public se retire. L’avocat ramasse ses notes, toussote puis se lance dans sa plaidoirie sauf que… Sur le moment comme souvent après 3 (6 ?) bières, je ne pensais déja plus tres bien . Quelque chose assez proche du « bah ouais mais nan » et je me suis lancé dans de fumeuses explications ; j’ai plaidé les circonstances atténuantes.

  • C’est difficile de comprendre les polonais. - deja ils ne parlent pas - Ici tout semble pareil qu’en Europe Occidentale mais finalement non. Un effet Canada Dry qui est difficile. Le Maroc, l’Inde m’avaient ainsi conquis car on est de fait dans un autre rapport aux pays. On est vraiement a l'etranger.Notre regard change, nos critiques se relativisent. Ces sont d’autres mondes. Alors qu'en Pologne ca ne peut fonctionner. Tout semble pareil (Democratie, Europe, Christianisme ... et tous ces autres trucs ), si bien que très souvent on juge avec nos référentiels français. Et on en est pour une bonne déconvenue.
  • Je pense que la société polonaise est plus fermée que les sociétés anglo-saxonnes ou latines.
  • Je pense aussi que si j’étais à Kielce, seul francophone avec peu d’anglophones, mes potes seraient certainement tous polonais (ou variante, je resterais seul chez moi…) A Varsovie, il est clair que les francophones et anglophones sont légions. Facilité donc. Je reconnais
  • Je ne parle pas Polonais : la journée je bosse (en anglais), le soir je m’y consacre partiellement. 2 soirs / semaines. Et je pars dans 5 mois ce qui ne motive pas des masses.
  • Les polonais ne parlent pas anglais.
  • Des expats qui s’intègrent plus? Ceux qui sont avec des polonais francophones ? Ceux qui connaissent 3 Polonais ? La majorité des français, anglais, espagnols et italiens que j’ai rencontrée, ici, en Pologne, restent entre eux. (je ne parle ni des étudiants, ni des français maries à des polonaises qui sont très nombreux)


Tels étaient mes arguments d’hier soir.
Très peu agencés.
Sans cohérence.
Je cherchais à me justifier comme un gamin pris la main dans le sac. Pire je pensais vraiment être en accord avec le regard de mon interlocutrice dans lequel je me voyais moi, colon, connard passant, profitant puis se cassant.

Dur.

Alors que peut être, si je lui avais dit tout simplement :

  • Je ne parle pas polonais. Et c'est uune langue difficile. Je n’ai pas cours de Polonais. Je m’y attache. (Deux fois par semaines : discutions avec une collègue de bureau en polonais – mercredi – pendant deux heures, puis chez des amis –jeudi –. Ma toute nouvelle amie est polonaise (oui, colon tout ça) on parle en polonais ensemble ou en anglais. J’ai viré le câble pour n’avoir que les chaînes Polonaises. Je n’ai jamais pris de cours de grammaire mais l’étudie sur internet.
  • Vous êtes durs avec les étrangers, comme vous l’êtes entre vous. Il faut 6 mois pour parler à son voisin (si des fois on lui parle) 8 pour que la serveuse du marchand du tabac vous dise « bonjour » et pas « j’écoute ? ». Jamais de pots après le boulot (rentrer en famille) jamais de pots après le foot ou le basket. Rarement des invitations. (mon voisin est quand même venu 3 fois chez moi…)
    Je n’aime pas Varsovie. Quel bonheur quand j’étais à Poznan, Torun, Gdansk, Lublin. Je sens que les gens se racontent moins d’histoires. Sont moins stresses, moins fiers. On peut rencontrer et parler avec du monde. Rarement le cas à Varsovie
  • Je m’intéresse quand même pas mal à votre pays (sans le comprendre certes). Assez pour lui avoir consacrer la plupart de mes lectures depuis 13 mois. Pour être allé manifesté. Pour suivre ses actualités. Pour le faire découvrir à des potes en visite.
  • Est-ce que je compare la France et la Pologne ? Non. A aucun moment. Car en plus je pense que certains trucs sont assez proches. Par exemple l’attachement à la difficile langue nationale. Je ne l’ai pas senti (si fortement) en Croatie ou en Slovénie. L’anglais étant parlé par tout le monde de 7 à 77 ans.
  • 18 mois en Pologne c’est beaucoup trop court. Tu as peut être tendance a oublier que ces mêmes "expats moins colons" que tu me citais en exemple (dont je te ferais remarquer que tous se connainssent se voient, me voient, très souvent) sont tous depuis plus d’un an en Pologne. *(entre les Erasmus, les stages, les VIE puis contrats d’expats…) Moi c’est un an tout juste. Trop juste si on travaille t n’a pas de cours pour parler polonais. Mais ça tu l’avais peut être déjà oublié. Preuve encore que je me suis plutôt bien intégré puisqu’on a l’impression que je suis la depuis longtemps.
  • Peut être que je suis « un putain d’expat » (sic !) Mais je ne suis pas (encore) allé voir les putes de Jana Pawła ou du Sofia, je ne sors pas au Cynamon pour me faire une blonde de 4 heures du mat cherchant un sponsor. Je ne considère pas mes collègues de travail comme des « polaks qui foutent rien blabla bla… » Pas de condescendance pas de mépris. Pas d’adulation non plus. Pour le polonais en Pologne ou le français en Pologne.

Mais à la réflexion, plus qu’un mail, plus qu’une discussion, c’est un post que j’ai fait de cette histoire. Pour moi, je la vois comme révélateur de 3 aspects de la Pologne :


1. Une communauté nationale très forte qui ne peu se satisfaire de gens de passage. Aux States ou à Londres cette conversation n’aurait jamais eu lieu. On a le même truc en France avec les immigrés qui ne parlent pas français après plusieurs années en France. On les engueule.
2. Une espèce de complexe : ce n’est pas que je n’aime pas LA POLOGNE, mais c’est loin d’être le pays le plus facile pour vivre une aventure de 18 mois. Les gens sont quand même très réservés, la langue dure. Je lui reconnais pour autant de nombreux points positifs. Mais.
3. Toutes ces critiques m’ont fait penser que si vraiment je ne connaissais rien de la Pologne et si vraiment elle pensait que rien ne m’y intéressait… Elle ne m’aurait pas fait ce reproche. Sa démarche n’aurait eu ni sens, ni impact...

Verdict quand meme : coupable : pas assez d'efforts pour parler cette belle langue...

4 Comments:

Anonymous YaPo said...

Bon,coupable certes, mais
Tout d'abord je dois préciser que:
1- Je te lis très souvent.
2- C'est très bizarre, car tu postes (souvent avant moi) des impressions qui me sont très familières,
3- Tu fais de vrais efforts de compréhension et d'analyse, la plupart du temps, je trouve que tu mets facilement tes a priori de côté et que tu essayes d'avoir une vision relativement neutre.
4- Que je suis un "expat" en Pologne,ce qui n'ajoutes certainement pas à ma neutralité,

Cependant il faut rappeller:
1- Que tu n'es pas polonais!
2- Que le fait que tu ais déjà voyagé et habité "ailleurs" conditionne ta vision et que tu es certainement déçu que cette ouverture d'esprit ne soit pas (toujours) récompensé.
3- Que c'était une polonaise qui t'as fait cette remarque et que tu l'aurais peut être pris différement si ça avait été un polonais? ;-)

Tout ça pour dire que:
1- C'est une invitation à boire un verre ensemble pendant le carême (au calme du coup), pour discuter des afres de la vie avec les polonais,
2- Qu'on parlera un très mauvais polonais (surtout moi) pendant 15 minutes, avant de passer au français ou à l'anglais d'ailleurs (autre preuve d'ouverture d'esprit),
3- wiesz co, Jutro jest inne dzien!

8:56 PM  
Anonymous Pauline said...

C'est sympa de voir que je ressens en partie les memes choses que toi! On m'a aussi dit que je ne cherchais pas assez a m'integrer, et que je restais avec des volontaires... Mais c'est agreable de te lire parce que tu dis vraiment la verite, qu'on aimerait crier a ceux qui critiquent : C'est pas facile de vivre ici, quoiqu'on en dise! Merci de l'avoir ecrit! Quand a la langue, n'en parlons pas, j'essaye aussi mais il faut beaucoup de patience! Au fait, si tu veux passer un jour a wroclaw, tu es le bienvenu!

2:20 PM  
Blogger benavar said...

merci a tous les deux, ca fait deux invitations. La premiere sera plus facile a honnorer (W-wa Wroclaw, ca doit faire 5 heures de train, non ?). Yannick, des que tu reviens de Kraków, daj mi znać.

6:05 PM  
Anonymous Emilie-J said...

Salut a tous, moi ca ne fait qu'un mois que je suis a Wroclaw et des la sortie du bureau, c'est un grand moment de solitude! Mon experience ici ne devrait durer que 6 mois (mission), mais je suis neanmoins un peu "frustree" de ne pas avoir plus de contact en dehors du travail... surtout que la ville est sympa et la saison propice a de longues discussion en terrasse autour d'un verre!

Si Pauline est dispo ou si l'un de vous passe a Wroclaw, faites moi signe (ejprandini@hotmail.com).
Bon courage a tous

Emilie

3:13 PM  

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